Le mûrier de Chine, scientifiquement appelé Broussonetia papyrifera, représente aujourd’hui une menace écologique majeure en Europe et aux États-Unis. Originaire d’Asie de l’Est, cet arbre également connu sous le nom de mûrier à papier a progressivement colonisé de nouveaux territoires grâce à ses remarquables capacités d’adaptation. En juillet 2025, la Commission européenne l’a officiellement inscrit sur la liste des plantes exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Cette décision reflète l’urgence de contrôler sa propagation incontrôlée.
Pourquoi le mûrier de Chine est-il considéré comme envahissant ?
Capacités de propagation exceptionnelles
Le caractère invasif du Broussonetia papyrifera repose sur son système racinaire particulièrement agressif et traçant. Ses racines produisent continuellement de nombreux drageons, permettant à la plante de se multiplier rapidement sans intervention humaine.
Cette capacité de drageonnage intensive crée des fourrés denses qui étouffent la végétation locale. L’arbre prouve une résistance remarquable aux tentatives d’élimination : même après une coupe complète, il régénère vigoureusement depuis ses racines.
Cette résilience lui permet de coloniser efficacement les milieux perturbés comme les friches, les bords de routes et les jardins mal entretenus. Sa croissance rapide et son adaptabilité climatique renforcent son potentiel invasif.
Zones d’invasion actuelles
Le mûrier de Chine envahissant pose désormais problème dans le sud-est des États-Unis et certaines régions européennes, notamment l’Espagne.
Des témoignages concrets illustrent l’ampleur du phénomène : un propriétaire ayant planté trois spécimens a constaté que vingt-cinq ans plus tard, des rejets continuaient d’apparaître dans les jardins voisins, même après abattage des arbres mères.
Ces nouvelles pousses émergent jusqu’à dix mètres des pieds originaux, démontrant la portée impressionnante de son système racinaire. Dans un autre cas documenté, les racines ont complètement soulevé les dalles d’une terrasse après seulement vingt années de croissance.
Identification et caractéristiques de Broussonetia papyrifera
Origine et nomenclature
Cette espèce trouve ses origines en Asie de l’Est, avec une aire de répartition naturelle couvrant la Chine, Taïwan, le Japon et la Corée. Les missions jésuites à Pékin et en Mandchourie découvrirent cet arbre en 1687, avant son introduction en Europe vers 1750.
Le nom scientifique Broussonetia papyrifera rend hommage au médecin naturaliste Pierre Marie Auguste Broussonet. L’épithète « papyrifera » évoque directement sa capacité à produire du papier à partir de son écorce fibreuse.
Cette nomenclature reflète l’utilisation traditionnelle de cette plante dans les arts asiatiques depuis des siècles.
Caractéristiques physiques distinctives
Le mûrier à papier atteint généralement entre dix et quinze mètres de hauteur en pleine terre, développant un port arrondi et étalé caractéristique.
Ses feuilles présentent une particularité remarquable : leur forme varie considérablement sur le même arbre, oscillant entre des formes simples cordées et des découpures profondes en lobes aigus.
Ces feuilles peuvent mesurer jusqu’à vingt centimètres de long, avec une surface rugueuse sur la face supérieure et un aspect gris-vert laineux sur la face inférieure.
L’écorce grise et rugueuse se gerce avec l’âge, tandis que le système racinaire agressif et traçant constitue la source principale de ses problèmes invasifs.
Taille et développement du mûrier de Chine
Les dimensions de cet arbre varient selon les conditions climatiques locales. Dans les régions favorables, il peut facilement atteindre dix à quinze mètres de hauteur, parfois jusqu’à douze mètres dans son aire naturelle d’origine.
Les climats plus frais limitent généralement sa croissance à six ou huit mètres. Son tronc développe un diamètre substantiel de trente à cinquante centimètres selon les conditions environnementales. La croissance particulièrement rapide de cette espèce contribue à son caractère problématique.
Ses rameaux souples et souvent duveteux portent des feuilles au feuillage dense qui peut bloquer efficacement la lumière. Cette capacité d’adaptation remarquable à différents climats explique en partie son succès dans la colonisation de nouveaux territoires, rendant son contrôle d’autant plus difficile pour les jardiniers.
Plantation près des habitations : risques et précautions
Planter un mûrier de Chine à proximité d’une habitation représente un choix particulièrement risqué. Son système racinaire agressif peut gravement endommager les fondations et les canalisations souterraines.
Les témoignages rapportent des cas où les racines ont complètement soulevé les dalles de terrasse après vingt ans de développement. Au-delà des dégâts matériels, cet arbre pose d’autres nuisances significatives.

Son feuillage dense bloque considérablement la lumière naturelle, créant des zones d’ombre permanentes. La taille du mûrier platane diffère radicalement de celle du mûrier de Chine, car ce dernier drageonne continuellement, rendant tout contrôle extrêmement difficile.
La floraison printanière produit un pollen allergisant qui peut provoquer de fortes réactions respiratoires chez les personnes sensibles. Son caractère rapidement incontrôlable transforme ce qui semblait être une plantation anodine en véritable invasion végétale.
Méthodes efficaces pour éliminer le mûrier envahissant
Techniques d’arrachage
L’élimination complète du système racinaire constitue l’étape cruciale pour contrôler cette espèce envahissante. Un arrachage partiel reste totalement inefficace car l’arbre repart vigoureusement depuis les racines restantes.
L’arrachage manuel demande d’extraire méticuleusement tous les fragments racinaires du sol. Les coupes répétées au ras du sol peuvent affaiblir progressivement la plante, mais nécessitent une persévérance sur plusieurs années.
L’utilisation d’un paillage opaque dense limite la repousse des drageons en privant les racines de lumière.
Prévention et contrôle
Certaines méthodes préventives offrent des résultats encourageants pour contenir le drageonnage. Des passages réguliers de tondeuse à gazon semblent suffire dans certains cas pour maintenir les nouvelles pousses sous contrôle.
Cette approche demande néanmoins une vigilance constante et des interventions fréquentes.
Les sols présentant un excès d’humidité peuvent ralentir la croissance de cette espèce, sans pourtant constituer une solution définitive. Une surveillance attentive reste indispensable pour détecter rapidement toute nouvelle pousse et intervenir avant qu’elle ne s’établisse durablement.
Papier de mûrier et usages traditionnels
L’écorce fibreuse de cet arbre servait traditionnellement à la fabrication de papier de très haute qualité. Cette utilisation ancestrale explique son nom vernaculaire de « mûrier à papier ».
En Corée, les artisans produisent ce papier depuis le VIIe siècle, l’employant pour la calligraphie et divers arts traditionnels. Le Japon perpétue également cette tradition depuis treize siècles, valorisant les propriétés exceptionnelles de ces fibres végétales.
En Indonésie, ce matériau portait le nom spécifique de « dluwang« . Au-delà de la papeterie, l’arbre présentait d’autres applications : ses fruits sphériques rouge-orangé restent théoriquement comestibles, bien qu’ils atteignent rarement leur maturité sous les climats européens.
Historiquement, le feuillage servait de fourrage pour le bétail, contrairement aux mûriers traditionnels qui nourrissaient les vers à soie.
Distinction avec les autres espèces de mûriers
Tous les mûriers ne présentent pas de caractère envahissant problématique. Il convient de distinguer clairement le mûrier de Chine des autres espèces couramment cultivées.
Le mûrier blanc et le mûrier noir demeurent parfaitement gérables dans un jardin traditionnel, offrant leurs fruits savoureux sans risque de prolifération incontrôlée. Seul Broussonetia papyrifera pose des problèmes d’invasion majeurs en raison de ses spécificités biologiques.
Cette distinction s’avère cruciale pour éviter les confusions préjudiciables. La réglementation évolue d’ailleurs dans ce sens : certaines pépinières certifiées HVE ont cessé la production de cette espèce suite au Code de conduite professionnel relatif aux plantes exotiques envahissantes.
L’arbre de Judée présente également des inconvénients, mais reste bien moins problématique que le mûrier de Chine. Cette prise de conscience progressive contribue à limiter la diffusion involontaire de cette espèce envahissante par les circuits commerciaux traditionnels.
- Mûrier blanc : espèce cultivée sans caractère invasif
- Mûrier noir : variété fruitière gérable en culture
- Broussonetia papyrifera : seule espèce réellement envahissante
- Réglementation : interdiction progressive dans les pépinières certifiées